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Franny and Zooey (1961) - J.D. Salinger
The rest, with very little exaggeration, was books. Meant-to-be-picked-up books. Permanently-left-behind books. Uncertain-what-to-do-with books. But books, books. Tall cases lined three walls of the room, filled to and beyond capacity. The overflow had been piled in stacks on the floor. There was little space left for walking, and none whatever for pacing. A stranger with a flair for cocktail party descriptive prose might have commented that the room, at a quick glance, looked as if it had once been tenanted by two struggling twelve-year-old lawyers or researchists.
(p. 117)
Terre des hommes (1939) - Antoine de Saint-Exupéry
J'ai toujours devant les yeux, l'image de ma première nuit de vol en Argentine, une nuit sombre où scintillaient seules, comme des étoiles, les rares lumières éparses dans la plaine.
Chacune signalait, dans cet océan de ténèbres, le miracle d'une conscience. Dans ce foyer, on lisait, on réfléchissait, on poursuivait des confidences. Dans cet autre, peut-être, on cherchait à sonder l'espace, on s'usait en calculs sur la nébuleuse d'Andromède. Là on aimait. De loin en loin luisaient ces feux dans la campagne qui réclamaient leur nourriture. Jusqu'aux plus discrets, celui du poète, de l'instituteur, du charpentier.
(p.9)
Mais le plus merveilleux était qu'il y eût là, debout sur le dos rond de la planète, entre ce linge aimanté et ces étoiles, une conscience d'homme dans laquelle cette pluie pût se réfléchir comme dans un miroir. Sur une assise de minéraux un songe est un miracle. Et je me souviens d'un songe...
(p.63)
Et cependant, je me découvris plein de songes.
Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source, et je ne compris pas, tout d'abord, la douceur qui m'envahissait. Il n'y eut point de voix, ni d'images, mais le sentiment d'une présence, d'une amitié très proche et déjà à demi devinée. Puis je compris et m'abandonnai, les yeux fermés, aux enchantements de ma mémoire.
Il était, quelque part, un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais. Peu importait qu’elle fût éloignée ou proche, qu’elle ne pût ni me réchauffer dans ma chair ni m’abriter, réduite ici au rôle de songe : il suffisait qu’elle existât pour remplir ma nuit de sa présence. Je n’étais plus ce corps échoué sur une grève, je m’orientais, j’étais l’enfant de cette maison, plein du souvenir de ses odeurs, plein de la fraîcheur de ses vestibules, plein des voix qui l’avaient animée. Et jusqu’au chant des grenouilles dans les mares qui venait ici me rejoindre. J’avais besoin de ces mille repères, pour me reconnaître moi-même, pour découvrir de quelles absences était fait le goût de ce désert, pour trouver un sens à ce silence fait de mille silences, où les grenouilles même se taisaient.
(p.65)
Je ne sais pas ce qui se passe en moi. Cette pesanteur me lie au sol quand tant d'étoiles sont aimantées. Une autre pesanteur me ramène à moi-même. Je sens mon poids qui me tire vers tant de choses ! Mes songes sont plus réels que ces dunes, que cette lune, que ces présences. Ah ! le merveilleux d’une maison n’est point qu’elle vous abrite ou vous réchauffe, ni qu’on en possède
les murs. Mais bien qu’elle ait lentement déposé en nous ces provisions de douceur. Qu’elle forme, dans le fond du coeur, ce massif obscur dont naissent, comme des eaux de source, les songes…
(p.67)
C’était tout naturellement qu’avaient disparu les jeunes filles dans cette maison à escamotages. Que devaient être les greniers, quand le salon déjà contenait les richesses d’un grenier ! Quand
on y devinait déjà que, du moindre placard entrouvert, crouleraient des liasses de lettres jaunes, des quittances de l’arrière-grand-père, plus de clefs qu’il n’existe de serrures dans la maison, et dont naturellement aucune ne s’adapterait à aucune serrure. Clefs merveilleusement inutiles, qui confondent la raison, et qui font rêver à des souterrains, à des coffrets enfouis, à des louis d’or.
(p.71)
The Catcher in the Rye (1951) - J.D. Salinger
I took her dress over to the closet and hung it up for her. It was funny. It made me feel sort of sad when I hung it up. I thought of her going in a store and buying it, and nobody in the store knowing she was a prostitute and all. The salesman probably just thought she was a regular girl when she bought it. It made me feel sad as hell - I don't know why exactly.
(p.86)
The best thing, though, in that museum was that everything always stayed right where it was. Nobody'd move. You could go there a hundred times, and that Eskimo would still be just finished catching those two fish, the birds would still be on their way south, the deers would still be drinking out of that water hole, with their pretty antlers and their pretty, skinny legs, and that squaw with the naked bosom would still be weaving that same blanket. Nobody'd be different. The only thing that would be different would be you. Not that you'd be so much older or anything. It wouldn't be that, exactly. You'd just be different, that's all. You'd have an overcoat on this time. Or the kid that was your partner in line the last time had got scarlet fever and you'd have a new partner. Or you'd have a substitute taking the class, instead of Miss Aigletinger. Or you'd heard your mother and father having a terrific fight in the bathroom. Or you'd just passed by one of those puddles in the street with gasoline rainbows in them. I mean you'd be different in some way - I can't explain what I mean. And even if I could, I'm not sure I'd feel like it.
(pp.109-110)
The whole thing was sort of funny, in a way, if you thought about it, and all of a sudden I did something I shouldn't have. I laughed. And I have one of these very loud, stupid laughs. I mean if I ever sat behing myself in a movie or something, I'd probably lean over and tell myself to please shut up. It made old Sally madder than ever.
(p.120)
Among other things, you'll find out that you're not the first person who was ever confused and frightened an even sickened by human behavior. You're by nos means alone on that score, you'll be excited and stimulated to know. Many, many men have been just as troubled morally and spiritually as you are right now. Happily, some of them kept records of their troubles. You'll learn from them - if you want to. Just as someday, if you have something to offer, someone will learn something from you. It's a beautiful reciprocal arragement. And it isn't education. It's history. It's poetry.
(p.170)
Des yeux de soie (1975) - Françoise Sagan
La voix de la chanteuse montait, l'orchestre arrivait derrière, comme fasciné, drainé par cette voix, et Jérôme, machinalement, presque éperdu - mot qui ne lui convenait guère - redressa le rétroviseur et jeta un coup d’œil vers sa femme. Il pensait la voir comme il la voyait souvent dans les concerts, immobile, figée, les yeux élargis, mais il abaissa trop brutalement la petite glace du rétroviseur et ce qu'il vit, ce fut la main longue et maigre de Stanislas appuyée, paume à paume, à celle de Monika. Il releva aussitôt la glace et la musique devient une suite incompréhensible et incohérente de sons horribles, hurlés par une folle furieuse, Un instant, il ne distingua plus très bien la route, ni les sapins ni le virage à venir.
(pp.13-14)
"En fait, je peux guérir", dit-il à voix haute. Et l'ombre assise en contre-jour devant la fenêtre eut un léger sursaut. Il l'avait oubliée, d'ailleurs il l'avait toujours oubliée. Il se rappelait sa surprise en apprenant sa liaison avec Jean. Pour quelqu'un, elle vivait encore, elle était belle, elle avait un corps.
(pp.40-41)
Et il attrapa sa main d'un mouvement lent et tranquille. La dernière fois, c'était il y a deux ans, au Bois de Boulogne : il était avec une fille assez jeune et sotte sur un banc et il avait eu ce même mouvement calme, pour ne pas l'effrayer. Inutile, d'ailleurs, elle était chez lui une heure après. Maisil se rappelait l'immense trajet qu'avait dû faire sa main pour atteindre les doigts un peu rougeauds... Ces moments-là...
(pp.42-43)
Les cinq distractions.
Mais j'ai pas que ça à faire de recopier une nouvelle en entier.
(pp.13-14)
"En fait, je peux guérir", dit-il à voix haute. Et l'ombre assise en contre-jour devant la fenêtre eut un léger sursaut. Il l'avait oubliée, d'ailleurs il l'avait toujours oubliée. Il se rappelait sa surprise en apprenant sa liaison avec Jean. Pour quelqu'un, elle vivait encore, elle était belle, elle avait un corps.
(pp.40-41)
Et il attrapa sa main d'un mouvement lent et tranquille. La dernière fois, c'était il y a deux ans, au Bois de Boulogne : il était avec une fille assez jeune et sotte sur un banc et il avait eu ce même mouvement calme, pour ne pas l'effrayer. Inutile, d'ailleurs, elle était chez lui une heure après. Maisil se rappelait l'immense trajet qu'avait dû faire sa main pour atteindre les doigts un peu rougeauds... Ces moments-là...
(pp.42-43)
Les cinq distractions.
Mais j'ai pas que ça à faire de recopier une nouvelle en entier.
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Extremely Loud and Incredibly Close (2005) - Jonathan Safran Foer
She also gave me Grandpa's camera, which I loved for two reasons. I asked why he didn't take it with him when he left her. She said, "Maybe he wanted you to have it." I said, "But I was negative-thirty years old." She said, "Still."
(p. 3)
In bed that night I invented a special drain that would be underneath every pillow in New York, and would connect to the reservoir. Whenever people cried themselves to sleep, the tears would all go to the same place, and in the morning the weatherman could report if the water level of the Reservoir of Tears had gone up or down, and you could know if New York is in heavy boots.
(p. 38)
That secret was a hole in the middle of me that every happy thing fell into.
(p. 71)
Time was passing by like a hand waving from a train that I wanted to be on.
(p. 224)
We got at the end of the line for the elevator.
I looked at everyone and wondered where they came from, and who they missed, and what they were sorry for.
(p. 247)
It broke my heart into more pieces that my heart was made of.
(pas noté la page)
Un certain sourire (1950) - Françoise Sagan
"La route était belle, bordée de platanes. Luc fumait et nous filions,
capote baissée, au soleil. Je me disais: «Voilà, j'y suis, c'est
maintenant.» Et cela ne me faisait rien, mais rien. J'aurais aussi bien
pu être sous mon peuplier avec un livre. Cette espèce d'absence aux
événements finit par m'égayer."
(p. 68)
(p. 68)
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