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Ham on rye (1982) - Charles Bukowski
But I had this feeling inside of me that something real was there. Just hardened shit, maybe, but that was more than they had.
(p. 32)
"I looked up a little girl's dress. I kicked my mother. I ate some of my snot. That's about all. Except today I baptized a dog."
"You baptized a dog ?"
I was finished. A Mortal Sin. No use going on. I got up to leave. I didn't know if the voice recommended my saying some Hail Marys or if the voice didn't say anything at all. I pulled the curtain back and there was Frank waiting.
(p. 82)
Why did I come here ? I thought. Why is it always only a matter of choosing between something bad and something worse ?
(p. 203)
Tales of ordinary madness (1972) - Charles Bukowski
Then I began hoping the plane would lose a wing and then I'd really get to see what the faces of the stewardesses looked like.
(p. 33)
"Bukowski ! Just because I have long hair, you think I'm a girl ! My name is Paul ! We were introduced ! Don't you remember ?"
Paul's father, Harvey, was looking at me. I saw his eyes. Then I knew that he had decided that I was not such a good writer after all. Maybe even a bad writer. Well, no man can hide forever.
(p. 47)
Then I noticed the Zen master's ears in the candlelight. The candlelight shone through them as if they were made of the thinnest of toilet paper.
The Zen master had the thinnest ears of any man I had ever seen. That was what made him holy ! I had to have those ears ! For my wallet or my tomcat or my memory. Or for under the pillow.
(p. 49)
Unfortunately, the world was molested with billions of people who had nothing to do with their time except murder it and murder you.
(p. 65)
With me, the racetrack tells me quickly where I am weak and where I am strong, and it tells me how I feel that day and it tells me how much we keep changing ALL the time, and how little we know of this.
(p. 73)
Great poets die in steaming pots of shit.
(p. 79)
Trout Fishing in America (1961) - Richard Brautigan
The sun was like a huge fifty-cent piece that someone had poured kerosene on and then had lit with a match and said, "Here, hold this while I go get a newpaper," and put the coin in my hand, but never came back.
(p. 6)
A little ways up from the shack was an outhouse with its door flung violently open. The inside of the house was exposed like a human face and the outhouse seemed to say, "The old guy who built me crapped in here 9,745 times and he's dead now and I don't want anyone else to touch me. He was a good guy. He built me with loving care. Leave me alone. I'm a monument now to a good ass gone under. If you have to crap, go in the bushes like the deer."
(p. 7)
He created his own Kool-Aid reality and was able to illuminate himself by it.
(p. 10)
When the hammer clicked back, the rat paused between bites and looked out of the corner of its eye. First at the pistol and then at the man. It was a kinf of friendly look as if to say, "When my mother was young she sang like Deanna Durbin."
The man pulled the trigger.
He had no sense of humor.
(p. 13)
I guess it's only reasonable that people, when they get the chance, would want to shoot some stove sitting in the woods.
(p. 62)
Then I wiped the puke off my clothes and for some strange reason suddenly it was a perfect time, there at Mushroom Springs, to wonder whatever happened to the Zoot suit.
(p. 78)
She was soon running around with a big cutthroat trout in her hands, carrying it like a harp on her way to a concert - ten minutes late with no bus in sight and no taxi either.
(p. 79)
In the summer Id' thow endless cords of wood into her basement until I was silly in the head and everything looked like wood, even clouds in the sky and cars parked on the street and cats.
(p. 82)
Les belles images (1966) - Simone de Beauvoir
Pourquoi Jean-Charles plutôt que Lucien ? Le même vide se creusant parfois quand elle est avec l’un, avec l’autre ; seulement entre elle et Jean-Charles il y a les enfants, l’avenir, le foyer, un lien solide ; auprès de Lucien, quand elle ne ressent plus rien, elle se retrouve devant un étranger.
Mais si c’était lui qu’elle avait épousé. Ça ne serait ni mieux, ni plus mal, lui semble-t-il. Pourquoi un homme plutôt qu’un autre ? C’est bizarre. On se retrouve embringuée pour la vie avec un type parce que c’est lui qu’on a rencontré quand on avait 19 ans. Elle ne regrette pas que ç’ait été Jean-Charles, loin de là. Si vivant, si animé, des idées, des projets plein la tête, se passionnant pour ce qu'il fait, brillant, sympathique à tout le monde. Et fidèle, loyal, un beau corps, faisant bien l'amour et souvent. Il adore sa maison, ses enfants, et Laurence. D'une autre façon que Lucien, moins romantique, mais solide et touchante ; il a besoin de sa présence et de son accord, dès qu'elle lui semble triste ou seulement préoccupée, il s'affole. Le mari idéal. Elle se félicite de l’avoir épousé, lui et pas un autre ; mais tout de même elle s’étonne que ce soit si important et un hasard. Sans raison spéciale. (Mais tout est ainsi). Les histoires d’âmes sœurs, est-ce qu’on en rencontre ailleurs que dans les livres ? Même le vieux médecin que la mort de sa femme a tué : ça ne prouve pas qu'ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre. "Aimer d’amour", dit papa. Est-ce que j’aime Jean-Charles, ai-je aimé Lucien - d’amour ? Elle a l’impression que les gens lui sont juxtaposés, ils n’habitent pas en elle ; sauf ses filles, mais ça doit être organique.
(pp. 66-67)
Laurence n'a aucune envie de se confier à Marthe. Et les mots seraient tout de suite trop gros. si elle disait : je m'inquiète pour maman, Catherine me pose des problèmes, Jean-Charles est d'une humeur de chien, j'ai une liaison qui me pèse, on pourrait croire qu'il y a dans sa tête une masse épaisse de préoccupations qui l'absorbent tout entière. En réalité, c'est là sans y être, c'est dans la couleur du jour. Elle y pense tout le temps, elle n'y pense jamais.
(p. 75)
Comme d'ordinaire, Laurence s'embrouille dans ses pensées ; elle est presque toujours d'un autre avis que celui qui parle, mais comme ils ne s'accordent pas entre eux, à force de les contredire elle se contredit elle-même. Bien que Mme Thirion soit une idiote patentée, je suis tentée de dire comme elle : ce qui est beau est beau ; ce qui est vrai est vrai. Mais que vaut cette opinion même ? D'où me vient-elle ? De papa, du lycée, de Mlle Houchet. A dix-huit ans, j'avais des convictions. Quelque chose lui en reste, pas grand-chose, plutôt une nostalgie. Elle doute de ses jugements : c'est tellement une question d'humeurs et de circonstances. Je suis à peine capable, quand je sors d'un cinéma, de dire si j'ai aimé le film ou non.
(p. 95)
Que faire ? Dès que cette question se pose, quel désarroi ! J'ai toujours été sur des rails. Jamais je n'ai rien décidé : pas même mon mariage ; ni mon métier ; ni mon histoire avec Lucien : elle s'est faite et défaite, malgré moi. Les choses m'arrivent, c'est tout.
(p. 119)
"On supporte, on supporte." Gilbert avait raison. On crie, on pleure, on se convulse comme s'il y avait dans la vie quelque chose digne de ces cris, ces larmes, ces agitations. Et ce n'est même pas vrai. Rien n'est irréparable parce que rien n'a d'importance. Pourquoi ne pas rester au lit toute sa vie ?
(p. 177)
L'Aleph (1962) - Jorge Luis Borges
Je pensai qu'Argos et moi appartenions à des univers disctincs; je pensai que nos perceptions étaient identiques, mais qu'Argos les combinait de façon différente et construisait avec elles d'autres objets; je pensai qu'il n'existait peut-être pas d'objet pour lui, mais un va-et-vient continuel et vertigineux d'impressions d'une extrême brièveté. Je pensai à un monde sans mémoire, sans durée; j'examinai la possibilité d'un langage qui ignorerait les substantifs, un langage de verbes impersonnels et d'épithètes indéclinables. Ainsi mouraient les jours et, avec les jours les années, pourtant quelque chose de pareil au bonheur arriva un matin.
(p.27)
C'est peut-être la conséquence de l'abus des détails circonstanciels, procédé que j'ai appris chez les poètes et qui fait tout paraître faux; car pareils détails abondent bien dans la réalité, mais nullement dans la mémoire qu'on en a...
(p.34)
Je n'oublierai pas non plus le soliloque Rosencrantz parle avec l'Ange, dans lequel un usurier de Londres du XVIe siècle veut vainement, à l'heure de sa mort, justifier ses fautes, sans soupçonner que la secrète justification de sa vie est d'avoir inspiré à l'un de ses clients (qu'il a vu une seule fois et dont il ne souvient pas) le caractère de Shylock.
(p.111)
Il crut percevoir obscurément que le passé est la substance dont le temps est fait; c'est pourquoi celui-ci se transforme aussitôt en passé.
(p.177)
Son activité mentale est continue, passionnée, et complètement insignifiante. Il abonde en analogies inutilisables et en scrupules oiseux.
(p.193)
Je ne sais pas parler (2010) - Franz Bartelt
"Il n'existe pas de matière plus malléable que la mémoire, et plus docile devant nos espérances. On vit moins lourdement la pire misère si on peut se targuer d'avoir vécu la plus riche opulence.
Les bonheurs du mensonge qu'on se doit pour continuer d'être compensent amplement les vérités tristes qu'on subit jour après jour et qui nous interdisent peu à peu d'exister"
(p. 170)
"Quand on donne de la réalité à l'écriture, elle la transforme en littérature. C'est ce que j'ai fait. A tort. Sans savoir que j'imitais ma mère, sur le principe du moins. Sa littérature vaut la mienne. Nous ne savons plus ni l'un ni l'autre à quel moment nous avons commencé à mentir."
(p. 172)
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